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Introduction Partie I Partie II Partie III Partie IV Bonus Annexes

L'Organisation internationale de métrologie légale (OIML) et le rôle de la France dans sa création et son développement (1)

Sommaire :

Bernard ATHANE
Ancien directeur du Bureau international de métrologie légale

1 Les origines de l'OIML

Rendues nécessaires et possibles par les développements de l'économie, du commerce, des sciences, des techniques et des communications que connut notre monde dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l'unification et l'amélioration des unités de mesure firent l'objet de la conférence internationale de 1875 qui donna naissance à la Convention du Mètre et au Bureau International des Poids et Mesures (BIPM), oeuvrant sous l'autorité du Comité International des Poids et Mesures. Il était en effet difficilement acceptable, d'un point de vue tant économique que politique, qu'une marchandise ait deux poids - donc deux prix - selon qu'elle était pesée par le pays vendeur ou par le pays acheteur, qu'une frontière ait deux longueurs selon le côté où l'on se plaçait, ou que les scientifiques aient à spécifier précisément dans quelles unités de mesure les résultats de leurs découvertes étaient exprimés avant de les communiquer à leurs collègues ou aux sociétés savantes.

Pour la petite histoire, rappelons que certaines des réunions internationales qui précédèrent la conférence de 1875 portaient sur les « poids, mesures et monnaies ». Sagement sans doute, les pères fondateurs de la Convention du Mètre se limitèrent aux unités de mesure physiques.

Rapidement, c'est-à-dire dès le début du XXe siècle, il apparut que l'action du BIPM était insuffisante pour assurer la compatibilité des résultats de mesure.

En effet, même si les étalons de plus haut niveau des différents pays sont compatibles entre eux (rôle du BIPM et des instituts nationaux de métrologie dont beaucoup - PTR (maintenant PTB) en Allemagne, NPL en Grande-Bretagne, NBS (maintenant NIST) aux USA, etc. - furent établis à la charnière des deux siècles), les mesurages pratiques peuvent produire des résultats incompatibles si les chaînes d'étalonnage qui relient les instruments de mesures aux étalons primaires et si les procédures d'étalonnage ou les spécifications de réglage de ces instruments ne sont pas harmonisées. En particulier, avec les développements de la métrologie légale dans le domaine du commerce, l'absence d'harmonisation entre réglementations nationales couvrant l'approbation des types (modèles) d'instruments et la vérification des instruments accroissait les risques d'incompatibilité des résultats de mesure.

Les responsables de la Convention du Mètre hésitaient sur l'opportunité d'élargir les responsabilités du BIPM pour couvrir la métrologie pratique et légale et avaient suggéré, en 1933 puis en 1935, de tenir une conférence internationale visant à constituer un Comité Consultatif International Permanent de Métrologie Pratique chargé de conseiller le Comité International et la Conférence Générale des Poids et Mesures. Cette conférence se tint à Paris en 1937 à l'occasion d'une exposition internationale dont les « poids et mesures » n'étaient pas absents, puisqu'en particulier on y commémora le centenaire de la loi du 4 juillet 1837 installant en France le Système métrique et organisant le Service des Poids et Mesures.

Les représentants français à la Première Conférence International de Métrologie Pratique comprenaient MM. Lemoine et Bruhat, scientifiques fort actifs dans le domaine de la métrologie, ainsi que MM. Viaud et Gosselin, Inspecteurs Régionaux des Poids et Mesures. La plus importante décision de cette conférence fut de créer un Comité Provisoire de Métrologie Légale dont le secrétariat fut assumé par M. Costamagna, Ingénieur des Poids et Mesures. La deuxième réunion de ce Comité aurait dû se tenir un peu plus tard à Berlin. Les évènements mondiaux d'alors n'étaient bien évidemment pas favorables à ce genre de coopération internationale et ce n'est qu'au début des années cinquante que purent reprendre, entre les survivants de la conférence de 1937, les discussions qui aboutirent, en 1955, à la création de l'Organisation Internationale de Métrologie Légale (OIML). M. Dolimier, Inspecteur Général, Chef du Service des Instruments de Mesure, représenta la France aux réunions du Comité International Provisoire de Métrologie Légale de 1950 et de 1952, accompagné de M. Costamagna, Ingénieur en Chef des Instruments de Mesure, Secrétaire du Comité.


Une vue de l'Exposition de Métrologie et des Poids et Mesures à l'exposition internationale de 1937

2 Les premières années de l'OIML

Les acteurs essentiels de ce nouveau domaine de coopération internationale furent des pays européens, et principalement l'Allemagne (est et ouest), l'Autriche, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, la France, la Hongrie, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, la Suisse, la Tchécoslovaquie, l'URSS et la Yougoslavie. Les États-Unis (USA) et le Royaume-Uni, qui avaient participé à la Conférence de 1937, ne furent représentés à la Première Conférence Internationale de Métrologie Légale (Paris, 1956) que par des observateurs, ainsi que l'Australie et le Japon; quelques pays en développement cependant manifestèrent dès le début leur intérêt pour cette coopération, beaucoup plus accessible pour eux que les travaux scientifiques de la Convention du Mètre.

MM. Viaud et Dolimier représentèrent la France à cette conférence, aux côtés de M. Pérard, ancien Directeur du BIPM. MM. Costamagna et Pierre, du SIM, en assurèrent le secrétariat et le Bureau International de Métrologie Légale, créé à cette occasion, fut placé sous la direction de M. Costamagna et provisoirement hébergé par le Service du Matériel du SIM.

Une soixantaine de groupes de travail techniques furent établis, la France acceptant la responsabilité de l'enseignement de la métrologie légale, des appareils de mesure de la longueur des tissus, fils et câbles, des bouteilles récipients-mesures, des instruments de pesage à fonctionnement non automatique, des mesurages statique et dynamique des liquides autres que l'eau, des compteurs électriques, etc. Par la suite, les responsabilités du SIM dans les activités de l'OIML s'accrurent significativement et les noms d'ingénieurs tels que Plunian (gaz), Maugein et Renouf (liquides), Gouzil et Tramus (pesage), et d'autres, plus jeunes et qu'on me permettra de ne pas citer de peur d'en omettre, restèrent attachés aux premières Recommandations de l'OIML.

Les premières années de l'OIML furent sans nul doute assez difficiles : la jeune organisation était considérée comme trop européenne (les USA par exemple n'adhérèrent qu'en 1972); il y eu par ailleurs une sorte de dichotomie entre les pays européens de l'ouest, attachés à une vision très classique de la métrologie légale, et ceux de l'est, pour lesquels (à l'époque) toute métrologie était légale car couverte par des normes obligatoires.

Des tensions importantes apparurent rapidement avec l'Organisation Internationale de Normalisation (ISO) qui considérait que l'activité de l'OIML était normative et, de plus, était sous la coupe de fonctionnaires qui refusaient la participation de l'industrie aux travaux de métrologie légale. Ces reproches n'étaient pas totalement infondés et il fallu de nombreuses années pour établir avec l'ISO (et la CEI) un modus vivendi acceptable et associer pleinement aux travaux de l'OIML les industriels qui purent participer soit comme membres des délégations nationales, soit via leurs associations régionales (principalement européennes) et plus rarement internationales.

Enfin, la coopération avec le Bureau International des Poids et Mesures était pratiquement inexistante, ce dernier considérant l'OIML avec une certaine hauteur et ne réalisant pas l'intérêt qu'il y aurait à accroître les interactions et la synergie entre les deux organisations intergouvernementales de métrologie.

3 Le rôle de l'OIML

Du point de vue de l'OIML, les quatre principaux champs d'application de la métrologie légale sont le commerce, la santé, la sécurité, et la protection de l'environnement :

  • commerce : mesurages quantitatifs (masse, volume, énergie, temps.) et qualitatifs (degré alcoolique, humidité.) des produits et services faisant l'objet de transactions;
  • santé : mesurages liés aux diagnostics (température, rythme cardiaque, pression artérielle.) et aux soins (radio-thérapie.);
  • sécurité : vitesse des véhicules, alcoolémie des conducteurs et travailleurs;
  • environnement : mesurages des niveaux de pollution dans l'air (gaz d'échappement des véhicules), dans l'eau, sur les lieux de décharges...

auxquels s'ajoutent bien sûr les « mesurages officiels » c'est-à-dire ceux effectués par ou pour des organismes administratifs.

Ces domaines sont le plus souvent appelés à s'étendre : par exemple la fixation des prix dans le commerce du riz ne fait plus seulement appel à la masse et à l'humidité du produit, mais maintenant aussi à la teneur en protéines, sujet pour lequel un groupe de travail OIML a été établi en 2002.

Il est à noter que dans de nombreux pays le « service de métrologie légale » n'est responsable que d'une partie des mesurages mentionnés ci-dessus. D'autres services administratifs ou laboratoires assument certaines des ces responsabilités, parfois sans que des liens appropriés existent avec les organismes nationaux de métrologie et de métrologie légale. Cela crée bien sûr des problèmes, en particulier lorsque ces autres services ou laboratoires nationaux participent à des travaux internationaux autres que ceux menés au sein de l'OIML.

Les réglementations nationales de métrologie légale (au sens large) doivent être harmonisées pour éliminer les barrières techniques au commerce. Il s'agit là non seulement du commerce des instruments de mesure eux-mêmes, directement affecté par les réglementations, mais aussi du commerce de tous les produits et services dont la valeur marchande est déterminée sur la base de mesurages tant quantitatifs que qualitatifs.

C'est là l'un des objectifs principaux de l'OIML.

Mais cette harmonisation n'est pas seulement nécessaire dans le domaine du commerce. La protection de l'environnement, par exemple, est un domaine qui ne connaît pas de frontières et les mesurages de niveaux de pollution doivent être compatibles d'un pays à l'autre. Les récents accords internationaux permettant à certains pays de racheter les droits de pollution d'autres pays moins pollueurs ou moins industrialisés va conduire au développement de méthodes de mesure des quantités de polluants (CO2 et autres) rejetées dans l'atmosphère.

L'OIML est donc, par certains de ses aspects, une organisation internationale de normalisation dont le domaine d'activité est constitué des instruments de mesure susceptibles d'être soumis à des réglementations nationales ou régionales.

Les normes internationales de l'OIML sont connues sous le nom de Recommandations Internationales OIML et couvrent plusieurs dizaines de catégories d'instruments de mesure. Chaque Recommandation comprend en principe trois parties :

  • les exigences métrologiques auxquelles l'instrument concerné doit satisfaire; ces exigences doivent être exprimées en termes de performances métrologiques minimales plutôt que de solutions techniques à appliquer, afin de ne pas empêcher le développement de technologies nouvelles;
  • les procédures à appliquer et caractéristiques des étalons et dispositifs de vérification à mettre en oeuvre lors des essais auxquels les instruments sont réglementairement soumis (là encore, les exigences doivent être exprimées en termes d'incertitudes maximales sur les résultats des essais);
  • un format type pour rapporter les résultats des essais.

Mais cette activité de normalisation, aussi importante soit-elle, ne constitue pas la seule responsabilité de l'OIML.

La promotion de la métrologie légale, l'aide aux pays en développement, l'incitation à la coopération régionale sont également des sujets importants de réflexion et de travail. Jusqu'au début des années soixante-dix, la documentation était une activité essentielle de l'OIML : beaucoup de services de métrologie légale, pour des raisons pratiques ou politiques, n'arrivaient pas à obtenir d'informations sur ce qui se passait dans d'autres pays ou dans certaines organisations internationales ou régionales. Le centre de documentation de l'OIML constituait alors le seul point d'information en métrologie légale ouvert à tous. Avec la disparition de beaucoup des « murs » politiques et le développement des moyens d'information, cette activité a maintenant perdu sa justification.

Il est par contre un rôle nouveau qui se développe et se développera sans doute encore plus dans le futur : l'authentification (validation) des résultats d'essai et, à plus long terme, des résultats de mesure.


Troisième réunion du Comité International de Métrologie Légale en 1960 à Paris. Au premier rang, Francis Viaud (deuxième à gauche), membre français du CIML, et Marcel Costamagna (premier à droite), directeur du BIML de 1956 à 1973

4 La certification OIML

Pour des raisons économiques évidentes, il est difficile d'accepter que les essais d'approbation d'un même type d'instrument soient répétés dans tous les pays où le fabricant souhaite commercialiser sa production. Cela affecte le coût de fabrication des instruments, et crée pour les services de métrologie légale une charge de travail difficilement supportable (sauf à augmenter les délais des essais) en raison de la multiplication des types d'instruments, de la rapidité avec laquelle de nouveaux types sont créés, et de leur technicité toujours croissante.

Le concept du « one-stop testing » développé par l'Organisation Mondiale du Commerce trouve, pour la métrologie légale, sa réponse dans le Système de certificats OIML pour les instruments de mesure qui fonctionne comme suit.

Un fabricant soumet à une autorité de délivrance OIML un ou des spécimens de ses instruments en vue d'essais de conformité aux exigences des Recommandations OIML applicables. Si les essais sont concluants, un certificat de conformité est délivré, accompagné d'un rapport d'essai donnant, sous une forme normalisée, les résultats de tous les essais, ainsi que toutes les informations sur les conditions d'essai. Le fabricant peut ensuite utiliser le certificat et le rapport d'essai associé pour faciliter la délivrance d'approbations de type dans les pays qui l'intéressent.

Pour le moment, ce Système fonctionne sur la base du volontariat : il n'y a pas d'obligation à accepter un certificat ou des résultats d'essai. Cependant, il fonctionne : les certificats sont délivrés au rythme de plus de cent par an et de nombreux pays ont déclaré leur décision de les accepter, c'est-à-dire de délivrer automatiquement des approbations de type nationales sur la base des certificats OIML. L'Europe est même allée un peu plus loin : dans l'attente de la mise en application de la Directive sur les instruments de mesure (voir point 5 ci-dessous), le WELMEC Type Approval Agreement prévoit qu'un instrument approuvé par un pays signataire de l'Accord et muni d'un certificat OIML sera automatiquement approuvé par les autres pays signataires. Les évolutions prochaines du Système OIML seront de deux sortes :

  • techniques en l'étendant à la vérification primitive des instruments de mesure (avec, peut-être, la création d'une « marque OIML »);
  • administratives, avec le développement d'un accord de reconnaissance des résultats d'essai, et l'application des techniques d'accréditation ou d'évaluation des laboratoires d'essai, pour renforcer la confiance dans ces résultats.

Peut-être plus difficile à mettre en place, mais néanmoins inéluctable, sera la réduction du nombre des mesurages d'une même quantité. Actuellement, dans le commerce de gros et international, une même marchandise peut être mesurée répétitivement par chacune des parties concernées (vendeur, acheteur, transporteur, douanes, etc.). Il en est de même pour le contrôle des produits préemballés, en particulier ceux objets du commerce international.

Une validation (ou reconnaissance d'équivalence) des résultats de mesure, ou encore une marque internationale pour les produits préemballés, permettrait de réduire les coûts et obligations résultant de la multiplicité des mesurages. C'est là un sujet dont l'OIML se préoccupe activement.

5 Les liaisons entre l'OIML et d'autres organisations internationales et régionales

Aucune organisation internationale ne peut se désintéresser de ce qui est fait par les autres organisations du même type et l'OIML entretient des liens plus ou moins étroits - en fonction des nécessités - avec plus de cent organisations internationales et régionales. Ces liens ont pour but soit d'éviter contradictions et doubles emplois dans les domaines d'intérêt commun à l'OIML et à d'autres organisations, soit de promouvoir la métrologie comme outil indispensable dans les activités, par exemple, du commerce ou de la protection de l'environnement, soit d'assurer l'harmonisation des développements de la métrologie légale dans les différentes régions. Ne sont mentionnés ci-après que quelques exemples des ces liens.

L'Organisation Mondiale du Commerce

Le Comité sur les barrières techniques au commerce de l'OMC, héritier de l'ancien GATT, veille en particulier à ce que réglementations et normes nationales ou régionales ne soient pas utilisées pour créer des obstacles protectionnistes. Pour cela, l'utilisation des normes internationales (terme très général qui recouvre les publications d'un certain nombre d'institutions internationales comme l'ISO, la CEI, l'OIML, etc.) est vivement recommandée comme base des normes et réglementations nationales et régionales. L'OIML a un statut d'observateur auprès du Comité sur les barrières techniques au commerce et participe activement aux réunions et séminaires de ce Comité. Une activité OMC/OIML d'aide au développement a par ailleurs permis la tenue de séminaires avec l'assistance technique et financière d'autres organisations et de pays membres de l'OIML.

Les organisations internationales de normalisation

Il s'agit principalement de l'ISO et de la CEI dont les activités de normalisation s'appliquent bien sûr à de nombreux sujets métrologiques et en particulier à des instruments de mesure. Les accords entre l'OIML et ces deux Organisations visent à éliminer les divergences, réduire les doubles emplois, travailler par références mutuelles et permettre la publication de documents communs.

Les organisations techniques spécialisées

Il existe de nombreuses organisations spécialisées dans certains domaines de la science ou de la technique : énergie atomique, chimie, physique, vin, santé, etc. L'OIML utilise l'expertise de ces organisations pour développer ses propres Recommandations sur les instruments de mesure utilisés dans ces domaines.

Les organisations d'aide au développement

L'OIML a une activité soutenue dans le domaine de l'aide aux pays en développement et coopère avec d'autres institutions spécialisées (ONUDI, Banque Mondiale, etc.) dans une approche intégrée des problèmes de métrologie fondamentale, métrologie légale, essais et étalonnages, et parfois aussi normalisation, afin de guider ces pays dans le développement d'infrastructures métrologiques appropriées. Un groupe de coordination entre BIPM, OIML, ISO, ILAC, ONUDI, etc. a été créé en 2002.

Les organisations régionales de métrologie légale

En matière de coopération métrologique, la conduite de beaucoup d'activités est plus facile et moins onéreuse au niveau régional qu'au niveau international : c'est en particulier le cas des intercomparaisons et de la mise en commun de ressources. C'est pour cela que l'OIML favorise le développement de la coopération régionale tout en veillant à ce que l'activité régionale n'aille pas en contradiction et ne fasse pas double emploi avec l'activité mondiale. Actuellement, la coopération régionale dans le domaine de la métrologie légale est surtout développée en Europe (WELMEC et COOMET), Asie-Pacifique (APLMF), partie sud de l'Afrique (SADCMEL) et les Amériques (SIM); elle démarre dans l'océan indien (IOLMF), la région euro-méditerranéenne (EMLMF), etc.

Les organisations régionales à activité réglementaire

Le principal exemple en est bien sûr l'Union Européenne, mais des développements un peu similaires commencent à apparaître dans d'autres régions.

On ne peut pas dire que l'Union Européenne ait une activité de métrologie légale clairement identifiée. C'est parce que la métrologie légale est basée, par définition, sur des règlements et que ces règlements doivent être uniformisés dans la marche vers le marché unique que la Commission de Bruxelles a une activité « instruments de mesure », mais les objectifs de la métrologie légale (protection des individus, des consommateurs et de la société) ne semblent pas être vraiment le but de cette activité.

Les anciennes Directives sur les instruments de mesure étaient pratiquement la copie des Recommandations OIML. La nouvelle approche (Directives limitées à des exigences essentielles parfois exprimées en termes plus qualitatifs que quantitatifs) a rompu cette unité. Les efforts de l'OIML, aidé par WELMEC, ont donc été d'essayer de créer une compatibilité qui permettra aux instruments conformes aux Recommandations OIML d'être présumés conformes à la Directive.

La future Directive sur les Instruments de Mesure n'est, à l'heure où cet article est écrit, pas encore définitivement adoptée. Une version publiée en 2001 donnait, dans des annexes, les exigences essentielles auxquelles les instruments de mesure doivent répondre. Par ailleurs, une présomption de conformité pouvait résulter de l'application par les fabricants soit de Normes Européennes, soit de Recommandations OIML. Des voix se font actuellement entendre dans l'enceinte du Parlement Européen pour renforcer la référence aux Recommandations OIML, mais d'autres groupes de pression souhaiteraient privilégier les Normes CEN/CENELEC...

Le Bureau International des Poids et Mesures

On l'a vu au début de cet article, l'OIML est née de la nécessité de coordonner au niveau international les activités de métrologie légale et du refus du BIPM de s'en occuper.

Les deux Organisations se complètent, pratiquement sans doublons dans leur travail. En fait, l'OIML applique au niveau légal les décisions de la Conférence Générale de Poids et Mesures relatives au système d'unités international (SI) et à la réalisation de certaines unités fondamentales.

En 1995, les Gouvernements français et américains ont suggéré de placer les activités des deux Organisations sous une même Convention. Après un an de discussions, le Comité International des Poids et Mesures a estimé qu'il n'était pas dans l'intérêt des États Membres de la Convention du Mètre d'effectuer un tel rapprochement, mais a reconnu la nécessité de coopérer plus étroitement avec l'OIML. Cette coopération est maintenant tripartite puisqu'elle associe ILAC. Deux domaines d'activités communes ont été identifiés : l'aide aux pays en développement, en coopération avec d'autres organismes internationaux déjà mentionnés et la révision d'un Document OIML constituant une loi de métrologie modèle. La question du rapprochement ou de la fusion entre les deux organisations se reposera peut-être dans quelques années.

6 La constitution de l'OIML

L'OIML est une organisation intergouvernementale dont les membres sont des États qui ont ratifié le traité international (Convention) qui l'a établie en 1955 et qui s'engagent à participer à la vie de l'organisation par un soutien technique et financier. Outre les États Membres, l'OIML comprend des Membres Correspondants qui sont des pays (pour la plupart en développement) qui ne peuvent ou ne veulent adhérer comme États Membres mais souhaitent néanmoins être tenus informés des travaux de l'OIML. Conformément à la Convention, l'OIML comprend :

  • la Conférence Internationale de Métrologie Légale qui réunit tous les quatre ans les Membres de l'OIML et les organisations internationales et régionales en liaison; la Conférence vote le budget, décide de la politique à long terme et sanctionne les Recommandations;
  • le Comité International de Métrologie Légale qui se réunit tous les ans avec des représentants des États Membres et des observateurs des Membres Correspondants;
  • des comités et sous-comités techniques, chargés d'élaborer les projets de Recommandations et autres documents techniques;
  • des groupes de travail pour les pays en développement, l'accréditation, la certification, la reconnaissance mutuelle des résultats d'essai;
  • un secrétariat permanent, le Bureau International de Métrologie Légale, situé à Paris. Il est composé d'une dizaine d'Agents (un directeur, deux adjoints au directeur, des ingénieurs et rédacteurs, et un personnel administratif). Il est chargé de coordonner les activités techniques, de préparer les réunions de la Conférence et du Comité, de publier les Recommandations et autres documents techniques, ainsi que le Bulletin de l'OIML. Depuis la création de l'OIML, ce Bureau a connu trois directeurs, tous français, mais les adjoints au directeur ont presque toujours été choisis parmi des ressortissants d'autres États Membres.

7 Quelques considérations sur l'avenir de l'OIML

La situation de l'OIML est étroitement liée à celle des services nationaux de métrologie légale de ses États Membres. Ce sont eux en particulier qui fournissent à l'OIML les connaissances techniques, la force de travail et l'impulsion nécessaires au développement des Recommandations Internationales et autres publications techniques. Ce sont eux qui, par la mise en application des exigences métrologiques promulguées par l'OIML, donnent aux résultats de ces travaux leur légitimité. Force est de constater, malheureusement, que dans beaucoup de pays la situation des services nationaux de métrologie légale n'est plus aussi florissante que jadis. Les tendances vers la dérégulation et la privatisation en sont largement responsables.

Il est par ailleurs fait de plus en plus appel - et à juste titre - aux systèmes d'assurance de qualité des fabricants d'instruments de mesure et à leur certification ou accréditation pour remplacer les anciens contrôles effectués par les agents de l'État. À titre d'exemple, lorsque j'ai quitté le SIM en 1972, 700 ou 800 agents - ingénieurs, ingénieurs des travaux, techniciens, ouvriers, conducteurs de camions, personnel administratif - y travaillaient et plusieurs des ingénieurs consacraient une fraction non négligeable de leur temps à l'OIML. La situation est bien sûr maintenant bien différente et les travaux techniques de l'OIML souffrent de la diminution, en termes quantitatifs, de l'apport technique français, dont la valeur qualitative reste tout à fait indéniable; la situation est d'ailleurs similaire pour de nombreux autres États Membres.

De nouvelles modalités permettant de continuer à assumer le rôle de la métrologie légale sans revenir à la situation antérieure où en fait des agents de l'État effectuaient le contrôle qualité des fabricants d'instruments de mesure doivent donc être trouvées.

C'est en cela que l'OIML a, de son côté, un rôle important à jouer : établir de nouvelles bases, compatibles avec les tendances économiques, sociales et techniques que nous vivons, sur lesquelles la garantie d'une bonne métrologie continuera d'être effective dans les domaines de la protection du consommateur et de la société où elle est nécessaire.

Au moment (juillet 2002) où je termine cet article, mon successeur à la direction du BIML, Jean-François Magana, organise dans les derniers jours de septembre un atelier sur le thème Que sera la métrologie légale en 2020 ? et m'a chargé d'en présider les débats. Les impacts de la globalisation, de la régionalisation, des nouvelles technologies, des changements organisationnels, etc. feront l'objet de communications de conférenciers venus de toutes les parties du monde et de discussions.

J'invite donc toutes les personnes intéressées par l'avenir de la métrologie légale aux niveaux en particulier de la France, de l'Europe et du monde à retrouver dans les publications de l'OIML et sur son site web les résultats de ces discussions qui seront sans aucun doute primordiales pour les développements futurs de l'OIML et des activités dont elle est responsable.


Réunion du Conseil de la Présidence de l'OIML en 2001 à Paris. Au fond, Bernard Athané (deuxième à gauche), directeur du BIML de 1974 à 2001, et Jean-François Magaña (troisième à droite), directeur du BIML à partir de 2001


Note de l'auteur :

  1. Les informations chiffrées sur l'OIML (nombre d'États Membres, de publications, etc.) sont absentes de cet article car trop rapidement obsolètes. Pour des informations à jour, consulter le site de l'OIML http :/www.oiml.org.