Association Les Amis de la Mesure
A tous les temps, à tous les peuples
Introduction Partie I Partie II Partie III Partie IV Bonus Annexes

La vie d'une circonscription métrologique

Sommaire :

Roland COLLAY
Sous-direction de la métrologie Ingénieur en chef des instruments de mesure honoraire
Gustave MAISONNEUVE
Ingénieur en chef des instruments de mesure honoraire

La vie d'une circonscription métrologique

La Circonscription Métrologique (CM) constitue la représentation régionale du Service des Instruments de Mesure. Dix CM ont été créées sur le territoire métropolitain. Elles ont pour siège Bordeaux, Dijon, Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Nantes, Paris, Rouen, Toulouse. Leur activité s'étend généralement sur deux régions administratives.

Chaque CM est dirigée par un ingénieur en chef des Instruments de Mesure qui en est le directeur. Pour les CM les plus importantes il est assisté par un ingénieur des Instruments de Mesure. Dans les autres CM c'est un ingénieur divisionnaire des travaux métrologiques qui remplit cette mission. Chaque direction de CM comporte une équipe de 2 à 3 chauffeurs pour les tournées des véhicules spécialement équipés pour certains types de contrôle et d'un secrétariat de 2 à 3 personnes chargées du courrier, de la gestion des appels téléphoniques et du suivi administratif des crédits, des factures et des états des personnels.

L'autorité du directeur s'étend sur tous les bureaux installés dans le ressort de la CM. Ils sont en principe situés au chef lieu de chaque département. Dans la 6° CM deux bureaux complémentaires Roanne et Montluçon ont été maintenus pour répondre plus facilement aux activités métrologiques d'un bassin industriel important.

Chaque bureau départemental est dirigé par un ingénieur des travaux métrologiques ou par un ingénieur divisionnaire pour les plus importants. Le chef d'un bureau départemental dispose de collaborateurs : ingénieurs des travaux, techniciens de la métrologie, secrétaires. Sa mission est d'assurer les contrôles métrologiques définis par les textes réglementaires de la métrologie légale.

La surveillance des instruments de mesure en service dans les commerces ou sur les marchés et le contrôle des produits préemballés constituent une part importante de l'activité des agents. Ils sont parfois amenés à sanctionner les infractions constatées par des procès verbaux. Certains bureaux ont une activité importante en matière de jaugeages de bacs, citernes sur camions, cuves de chais ou de vérification primitive d'instruments de mesure neufs ou réparés.

Les tournées d'un camion étalon équipé de 5 tonnes puis de 10 tonnes de masses étalons sont planifiées pour toute la CM. Elles permettent d'assurer la vérification des ponts bascules et des instruments de pesage de forte portée en service.

Il en est de même de l'organisation des tournées de la camionnette essence. Ce véhicule est un gros fourgon avec un grand auvent latéral qui levé permet à l'opérateur le suivi des opérations de contrôle. Cette camionnette essence est équipée de jauges étalons et d'une pompe de reprise du fioul des jauges, la pompe étant actionnée par le moteur du véhicule. Cet ensemble permet le contrôle des compteurs de fioul des camions citernes de livraison.

Un tube étalon installé sur la plate-forme d'une remorque a été conçu par la société Mestrole. Il permet le contrôle en dynamique des compteurs de GPL (Gaz de Pétrole Liquéfiés) installés sur les camions de livraison. Les mises à disposition de ce tube étalon sont planifiées par la société Mestrole. Elle établit les convocations dans deux à trois centres de la 6° CM.

Dans le domaine du mesurage des fluides cryogéniques, les essais de l'Air Liquide à Sassenage près de Grenoble sont suivis par des agents de la CM.

Le contrôle des analyseurs CO-CO2 est réalisé dans le cadre de tournées effectuées avec des camionnettes dites DRAG (Distributeurs Routiers Analyseurs de Gaz). Chacune d'entre elles comporte des équipements spécifiques et en particulier des bouteilles contenant des mélanges étalons de gaz.

Au niveau régional, des actions de contrôle sont parfois conduites avec le Service de la Répression des Fraudes et du Contrôle de la Qualité (SRFCQ), en particulier dans les centres de conditionnement de produits préemballés. Elles se terminent souvent par une réunion d'échanges d'expériences dans l'un ou l'autre des services. En 1983 un contrôle conjoint effectué sur plusieurs cabines téléphoniques à pièces de monnaie avait permis de relever des erreurs importantes dans la mesure des temps annoncés. Un avertissement signé des deux services avait été alors adressé au directeur régional des Télécommunications étayé par un rapport rappelant les multiples plaintes reçues par chacun de nos Services et les modalités de notre intervention commune. Ce problème fut rapidement résolu.

Certains de ces contrôles faisaient apparaître parfois de subtiles anomalies dans l'entreprise visitée. Que dire d'un contrôle de bouteilles de vin cachetées où en moyenne il manque 2 ml par bouteille Avec une production hebdomadaire d'un million de bouteilles, la tromperie sur la quantité était manifeste (2).

Des contrôles sur site des analyseurs CO-CO2 ont révélé que le paramètre pression atmosphérique du lieu devait être pris en compte. Un agent du bureau de Grenoble avait en effet constaté qu'un appareil installé dans une station de montagne à 1600 mètres d'altitude était hors tolérances alors qu'il venait d'être étalonné à Clichy. Un échange verbal plutôt musclé entre fonctionnaires « grenoblois » et « parisiens » s'en est suivi. La direction de la CM, instruite de la difficulté a pris en charge ce problème. Il s'est avéré que la grandeur d'influence « pression » n'avait pas été prise en compte dans l'approbation de modèle, bien que par conception les instruments y soient sensibles. Une petite étude a rappelé que la pression atmosphérique est fonction de l'altitude et qu'il fallait en tenir compte. Un courrier explicatif à la section « mesures diverses » a permis de faire le point et de prendre les dispositions en conséquence.

Le Directeur de CM dépend hiérarchiquement du Chef du Service des Instruments de Mesure. Il a pour mission de faire appliquer les textes réglementaires de la Métrologie Légale, complétés par des circulaires d'application. Il coordonne auprès des bureaux les contrôles métrologiques.

En charge de la gestion administrative des agents de la CM, il répartit les crédits des frais de déplacement en

fonction des activité de chaque bureau. C'est un exercice difficile car malgré un réel souci d'équité, il n'est pas toujours possible de satisfaire les souhaits exprimés.

Il organise régulièrement des réunions de chefs des bureaux avec pour ordre du jour habituel : orientations nouvelles dans les activités et dans la pratique des contrôles, informations techniques sur certains instruments, échanges sur des problèmes ponctuels.

Au début de l'année 1977, suite à la création du Squalpi en 1975, le Chef du Service prit l'initiative d'une formation à la « gestion de la qualité dans l'entreprise » organisée aux Rousses dans le Jura par l'Afnor, à l'attention des cadres du Service dont les Directeurs de CM. La plupart des intervenants étaient responsables de la qualité dans une entreprise industrielle. Les horaires des exposés étaient : 8-12 heures et 17-20 heures, une partie de l'après midi étant libre pour la pratique du ski dans la forêt voisine. Certains ont même bénéficié des leçons d'un collègue de Paris ancien moniteur au club MED. Cette initiative a laissé d'agréables souvenirs et elle a surtout amorcé la prise en compte de la qualité pour une gestion plus efficace, plus valorisante mais également plus économique des contrôles métrologiques.

Ce stage a complété de multiples et fréquentes actions de formation dans la 6° CM. Elles étaient conduites le plus souvent par une équipe locale avec l'appui occasionnel d'un ingénieur des Sections Techniques ou d'un intervenant extérieur.

Elles répondaient aux attentes des personnels : mieux connaître le fonctionnement des instruments, définir et harmoniser les bonnes pratiques du contrôle.

Leur finalité était de valoriser les agents et leur travail, de susciter des méthodes de suivi des fabrications et des parcs d'instruments en service par échantillonnage, d'entraîner vers une démarche qualité les constructeurs, réparateurs, gestionnaires et utilisateurs d'instruments de mesure.

Les motivations ponctuelles des formations reposaient sur des opportunités telles que :

  • l'assujettissement au contrôle de nouveaux types d'instruments : humidimètres, saccharimètres, taximètres, chronotachygraphes, réfractomètres, analyseurs CO-CO2, compteurs d'énergie thermique, cinémomètres,
  • les nouvelles technologies : capteurs à jauges de contraintes, pot magnétique d'équilibrage du poids, doseuses pondérales à cellules de pesée multiples
  • les activités nouvelles : contrôle des bouteilles récipients-mesures, suivi des centres de conditionnement de produits préemballés avec la tenue du registre d'inscription, contrôle de la température des locaux ouverts au public avec le nécessaire exposé sur la méthodologie des relevés, sur la conduite économique d'une installation de chauffage, sur le mesurage de l'énergie thermique, sur l'isolation thermique des bâtiments
  • les actions de promotion de la qualité dans l'industrie en liaison avec le Squalpi, l'Afnor, l'AFCIQ et le passage à Lyon du train de la qualité
  • les réunions annuelles d'échanges entre les responsables des groupements d'entretien des distributeurs routiers de carburants et les agents des bureaux chargés de ce contrôle
  • l'initiation à la conduite économique des véhicules pour les chauffeurs
  • la gestion de la qualité dans une entreprise ou un service, formation d'une journée animée par un intervenant extérieur.

La 6° CM couvrait 12 départements avec la présence d'une raffinerie, d'importants dépôts pétroliers et de nombreux fabricants ou importateurs d'instruments de mesure réglementés. Elle comptait plus de 70 agents répartis dans 14 bureaux. Chacun avait à c'ur d'accomplir sa mission tournée vers la métrologie légale et la loyauté des transactions. Certains souhaitaient étendre leur domaine d'activité pour mieux valoriser leur compétence. A partir de 1983, l'intégration des personnels de la 6° CM dans les DRIRE Rhône-Alpes ou Auvergne a permis de répondre à ce souhait. Pour quelques uns l'adaptation a été assez longue et parfois difficile.

La CM était un peu à l'image d'une grande famille. Tous les agents se connaissaient et les réunions comportaient toujours un côté festif. Il est heureux que l'association « les Amis de la mesure » perpétuent le meilleur des traditions de l'ex-SIM et le plaisir des rencontres.

Aujourd'hui, ces amis ont une pensée pour tous les agents qui nous ont quittés et qui ont été de précieux collaborateurs alliant compétence au service de l'État et cordialité au sein de la famille de la CM. Citons quelques uns d'entre eux : Bessières (Chambéry), Giraud (Lyon), Manicacci (Le Puy), Veyret (Grenoble).

Nous sommes reconnaissants à M. Giraud d'avoir pu à sa retraite, en 1983, exploiter les archives de la direction. Pendant deux années il a classé les documents, effectué des recherches, rencontré les familles des constructeurs disparus. Il a finalement réalisé le projet d'écrire un livre portant le titre suivant : « Histoire du pesage en région lyonnaise ». L'ouvrage a été édité à 500 exemplaires en 1986. C'est aussi un témoignage d'attachement à la métrologie du pesage.

Anecdotes

La « surveillance du marché » (au sens propre)

Le marché de Chavanette, à Saint-Etienne, faisait partie de la tournée de mon père, Louis Marquet, lorsqu'il était Inspecteur des Poids et Mesures dans la Loire. Quand il entrait, vers 5 h 30 du matin, par l'une des portes de ce grand marché couvert, il était accueilli par un sonore « Bonjour, Monsieur le Vérificateur des Poids et Mesures ! ! », hurlé à pleine voix, par le marchand le plus proche de l'entrée, suivi des marchands voisins, qui répétaient la phrase, eux aussi, à pleine voix. Aussitôt, les marchands ambulants redressaient leurs balances, cachaient les poids non poinçonnés et mettaient en évidence les poids « convenables ».« Je pouvais partir », racontait mon père, « ce jour-là, ma tournée était finie ».

Une balance animée

En 1964, dans une petite mairie, un boulanger attendait pour présenter au contrôle son matériel de pesage. Les plateaux de sa balance Béranger bougeaient sans arrêt. Une fois celle-ci posée, les plateaux continuaient à être animés. Une fois sortis les plateaux et la plaque de marbre dessus la balance, une petite souris s'est échappée, bien vite écrasée par la grosse botte du garde champêtre présent.

Un crapaud dans le pont-bascule

Jeune inspecteur à Moulins, je vérifiais après réparation un pont-bascule de 6 t dans la commune de Beaulon. Le réparateur qui me présentait le pont-bascule avait très bonne réputation.

Une première tournée d'angles à une tonne (pour les non-initiés, il s'agit de peser successivement aux 4 angles du pont la même charge étalon) faisait apparaître des écarts de 3 à 4 kg, alors que la tolérance de l'époque était de un pour mille soit 1 kg à 1 t. Sûr de son travail, le balancier me demanda de pouvoir effectuer une deuxième tournée d'angles, demande à laquelle j'accédais.

Nous trouvâmes des résultats différents des précédents. De plus en plus rouge, le réparateur décida de descendre dans la fosse du pont-bascule. Il devait y trouver un crapaud de bonne taille qui évoluait sur le communicateur. L'importun éliminé, tout rentra dans l'ordre, mais l'incident devait marquer le débutant que j'étais.

Vous vous étonnerez peut-être de la faible portée de l'appareil comparée aux portées actuelles. Mais l'Allier, région d'élevage, comportait dans beaucoup de communes de petits ponts-bascules destinés à peser le bétail et les charrettes de foin.

L'âne et les angles

En préalable pour le profane, il faut expliquer que faire les excentrations sur le tablier d'une bascule consiste à déplacer une quantité ad hoc de poids étalons sur le tablier de la bascule et ceci pour s'assurer qu'en chaque point du tablier, l'indication est bien la même. Les balanciers du temps jadis appelaient cette opération « faire les angles ». Dans les années cinquante (au siècle dernier), il n'y avait guère d'autre moyen que de déplacer à la main, des poids de 20 kg (en général 1 tonne) soient 50 poids. Un travail harassant. À noter également qu'à l'époque le chariot élévateur pour la manutention était introuvable dans les communes essentiellement agricoles.

Dans celles-ci, il y a au moins un petit pont à bascule public de 5 tonnes ou de 10 tonnes, quelquefois deux si la commune était étendue (on déplaçait les charrettes avec un cheval ou des boeufs). Un jour donc, la vérification d'un de ces instruments a lieu dans une commune de plateau du Trièves (38) et les badauds observent la scène sur la place publique. Une charrette tirée par un âne stationne à proximité en attendant de pouvoir se faire peser. L'Inspecteur des poids et mesures questionne le paysan :

Cher Monsieur, accepteriez-vous de nous prêter votre âne pour « faire les angles » ?

Le paysan (par curiosité) acquiesce et l'âne est aussitôt dételé. Il est promené d'angle en angle du tablier. Les essais comparatifs avec une charge mobile étaient inventés. L'histoire ne serait pas complète si on omettait de dire que l'âne eut l'idée... d'arroser ( !) cette initiative au beau milieu des essais, ce qui nécessitera de recommencer, après un juron de circonstance du paysan (complice de son âne). Que d'énergie économisée.

Foot et métrologie

En juin 1957, l'équipe de football de Saint-Étienne (ASSE) est devenue championne de France.

M. Roussel, Directeur de l'entreprise «Chocolats Pupier», décida d'offrir au capitaine de l'équipe, René Domingo, son poids en chocolat. Mon père, Louis Marquet, Inspecteur des Poids et Mesures à Saint-Étienne, se fit prêter par la «Condition des Soies», une grande balance, et la fit accrocher à la plus haute branche d'un arbre, dans le parc attenant aux Usines Pupier.

Le pesage eut lieu le soir du 5 juin 1957, et il est décrit dans un article du Progrès de Lyon, du lendemain.

En présence du Président de l'ASSE, Pierre Faurand, des entraîneurs, et des joueurs, René Domingo s'assit sur un des plateaux de la balance, et l'on empila 75 kg, en tablettes de chocolat, sur l'autre plateau.

L'entraîneur, Jean Snella, ayant signalé qu'il avait fait perdre 2 kg à René Domingo, lors de l'entraînement de l'après-midi, M. Rouxel plaça des tablettes de chocolat de ce poids, dans les mains de René Domingo, et demanda que l'on complétât aussi, sur l'autre plateau.


Notes :

  1. Le décret du 12 septembre 1961 relatif au ressort territorial des CM a été abrogé par le décret de 1983 créant les directions régionales de l'industrie et de la recherche (DRIR). .
  2. Environ 2000 litres par semaine.