Association Les Amis de la Mesure
A tous les temps, à tous les peuples
Introduction Partie I Partie II Partie III Partie IV Bonus Annexes

Les relations extra-professionnelles au SIM

Sommaire :

Gérard LAGAUTERIE

Introduction

Les années soixante-dix ont probablement constitué l'âge d'or de la métrologie légale pour ce qui concerne les effectifs. Compte tenu de la complexité croissante des instruments de mesure et des nouvelles activités de métrologie légale, il était nécessaire de renforcer les effectifs de l'administration centrale du SIM, notamment les sections techniques, qui à l'époque instruisaient seules les approbations de modèle. Il était déjà difficile de faire revenir à Paris des agents ayant goûté à la province. La solution facile consistait à affecter les agents sortant de l'École supérieure de métrologie (ESM) en administration centrale. Par ailleurs, ces années donnèrent lieu à des recrutements massifs pour remplacer des départs à la retraite d'agents, sans doute eux-mêmes recrutés massivement après guerre.

Cette conjoncture exceptionnelle fit que cette administration centrale dut comprendre jusqu'à environ 45 ingénieurs, tous corps confondus, et que la grande majorité de ces agents n'avait pas dépassé la trentaine. Cela contribuait à entretenir une ambiance amicale ayant conduit à développer des activités extra-professionnelles dont les principales sont passées en revue ci-après. Lorsque cela est utile à la rédaction de cet article, j'ai choisi de citer les prénoms plutôt que les noms des acteurs, chacun se reconnaîtra néanmoins, je pense.

Après avoir débuté ma carrière en bureau départemental, je fus affecté à la section technique Pesage début 1975. Quel contraste avec l'ambiance du bureau départemental qui comprenait comme personnel technique, le chef de bureau, deux jeunes techniciens et moi-même. Hormis le jour d'ouverture du bureau, le reste de la semaine on ne se rencontrait pas ou peu, chacun vacant à ses missions de son côté.

En arrivant, je ne fus pas dépaysé. Un nombre non négligeable de mes camarades de promotion avaient déjà été affectés en service central. Je continuais à les fréquenter occasionnellement, étant moi-même affecté en région parisienne. Je connaissais donc déjà pratiquement tout le monde.

Le foot

Avant d'arriver, j'avais donc ainsi connu Roland qui était un « vieux » de presque quarante ans (qu'il veuille bien me pardonner). Il avait connu une autre administration, ministère de l'intérieur, je crois, où il y avait une équipe de foot. Il avait ensuite passé avec succès le concours externe d'ingénieur des instruments de mesure.

Nous avions déjà discuté de notre passion commune. Je lui appris ainsi qu'avec des amis, nous avions pour habitude d'aller jouer le samedi matin au stade Pershing dans le bois de Vincennes. Intéressé, il me dit que l'on pouvait envisager de monter une équipe à partir de cette ossature, renforcée par des agents du SIM.

Ce qui fut dit fut fait. Il est probable que cette décision a partiellement influencé ma demande de mutation en administration centrale.

Renseignement pris, il apparut inutile de créer une association. L'Association sportive de la production industrielle (ASPI) existait déjà au sein du ministère. Ce nom remontait à une ancienne appellation du ministère. L'ASPI n'avait plus d'activité footbalistique depuis longtemps. Nous rencontrâmes le responsable qui nous donna carte blanche, à condition que la porte soit ouverte à toutes les personnes du ministère qui le souhaitaient. Le marché était correct. Nous avancions les frais et l'ASPI remboursait sur facture: frais d'inscriptions, location du terrain, licences, ballons, tenues...

Roland, André, mon ami de promotion, et moi-même nous retrouvâmes ainsi dirigeants de l'équipe de foot. Roland, le plus gradé à l'époque et aussi le plus vieux était le chef administratif, mais il me disait toujours : « Sur le terrain, c'est toi qui commandes », ce qui me conférait, notamment, la lourde responsabilité de former l'équipe.

Au début, l'équipe était constituée de mon frère et de mes amis, d'agents du SIM, et de quelques autres agents du ministère qui avaient entendu parler de la création de cette équipe. Petit à petit, le nombre d'agents du SIM augmenta. Certains, approchant la trentaine et se sentant rouiller, virent là un moyen de retrouver la forme. Un agent d'un bureau de la région parisienne se joignit à nous. À cette époque, l'ESM recrutait fort et constituait une source de vitalité non négligeable, y compris au niveau des élèves étrangers.

Nous débutâmes la compétition au cours de la saison 1975-1976, dans une division du Critérium du samedi. Notre terrain était situé au Polygone dans le bois de Vincennes, non loin du stade Pershing.

Les débuts furent difficiles, mais comme le disait Roland, « Tu verras, la première victoire, c'est déjà de se retrouver à 11 sur le terrain ! ». En tout cas, les résultats n'étaient pas dignes de nos maillots. En effet, la finale de la dernière coupe du monde (1974) venait d'opposer l'Allemagne aux Pays-Bas et, tout modestement, j'avais persuadé mes deux compères que nos couleurs principales seraient celles de l'Allemagne (maillot et bas blancs, short noir), vainqueur, et que le maillot de réserve serait celui des Pays-Bas (orange).

Au début, je ne voulais pas croire que Roland avait raison, mais je m'en aperçus vite. Pour être certain d'être 11 tous les samedis, il fallait tabler sur presque une vingtaine de joueurs, certains ayant également des obligations ou préoccupations autres que footbalistiques. Il y avait les blessés. Une fois sur deux, il fallait également fournir l'arbitre, ce qui corsait la tâche. Parfois, il fallait passer une partie du vendredi après-midi à supplier certains pour pouvoir aligner une équipe complète. Heureusement, dans les cas critiques, nous nous partagions la tâche à trois. Il arrivait hélas parfois que le problème n'ait pas de solution.

En contrepartie, certaines semaines nous étions en surnombre, et il était encore plus désagréable de décider qui ne jouerait pas ou ne jouerait qu'une mi-temps.

Les matchs étaient suivis d'un pot pris en commun dans le bistro le plus proche. On y refaisait le match et surtout on commençait à préparer l'équipe de la semaine suivante.

En marge de cette compétition officielle, il était de coutume à cette époque d'organiser au moins une fois par an un match entre les titulaires et les élèves de l'ESM, qui fournissait par ailleurs des membres de talent pour l'équipe de compétition. Cela donnait l'occasion d'étendre le cercle des joueurs. Beaucoup de titulaires assuraient occasionnellement des fonctions d'enseignant à l'ESM et ces matches prenaient une dimension particulière, chacun des deux clans voulant assurer sa suprématie sur le plan sportif, notamment les élèves qui subissaient habituellement celle de leurs professeurs occasionnels. Parfois, on organisait d'autres matchs d'entraînement, étendus à des agents non-membres de l'équipe. Je me souviens en particulier d'un match entre ingénieurs des instruments de mesure et ingénieurs des travaux métrologiques.

Ces manifestations se déroulaient en début de soirée, lorsque la durée du jour le permettait, et en général elles se terminaient dans un restaurant, où quel que soit le résultat, nous nous réconciliions en vue de reprendre le travail dans la bonne humeur.

Le temps que dura l'équipe, un peu plus de cinq ans, elle vit tourner une bonne trentaine de joueurs, dont la moitié environ venait du SIM. Les mutations et les absences imposèrent cet effectif relativement important, presque digne d'un club professionnel. Bernard, Charly, Claude, Gilbert, Jean-Marie, Jean-Noël, Jean-Pierre, Michel, Patrice, Serge (en espérant n'avoir oublié personne, outre les trois membres fondateurs ci-dessus indiqués, un autre Jean-Pierre hélas décédé et les élèves étrangers de l'ESM, notamment Arthur le plus doué), vous souvenez-vous de cette expérience ? Sans oublier nos arbitres occasionnels, en particulier le clown Auguste. Il n'y a rien de péjoratif dans ce propos, mais Auguste fut l'un de ceux que j'ai connus et qui m'ont fait le plus rire. Il était aussi très gentil, nettement plus vieux que nous, mais d'une jeunesse d'esprit... Il nous manque !

Le cyclisme

Il n'était pas rare que l'on organise des courses cyclistes, le dimanche matin. Certains moins sportifs ou sans vélo à Paris venaient en spectateurs, d'autres amenaient leur famille. Ces manifestations étaient généralement suivies d'un repas en commun au restaurant.

Les premières courses furent courues en individuel, mais les valeurs étant à peu près établies, pour corser la chose, il fut décidé que la suivante se courrait par équipe. Nous allions utiliser les maillots du foot pour deux équipes (blanche ou orange), une autre équipe serait en bleu, maillots de couleur facile à se procurer, et une autre en rouge et blanc (style Flandria des années soixante), certains possédant des maillots de cyclistes à ces couleurs. Nous avions ainsi constitué quatre équipes de quatre ou cinq coureurs, en faisant appel à quelques parents ou amis hors du SIM.

Les jours qui précédèrent la course, le service connut une ambiance de « merchatto », afin de s'assurer les services de certains équipiers, et de sous-entendus secrets sur les stratégies mises au point.

Cette décision d'organiser une course par équipe, a priori anodine, faillit déboucher sur un drame.

Pour chaque manifestation, nous choisissions des lieux calmes le dimanche, mais qui ne nous étaient pas réservés, néanmoins.

Ce jour là, le peloton était encore à peu près groupé au bout de quelques kilomètres. Le début de la course était d'ailleurs neutralisé, de façon à permettre au plus grand nombre de suivre un moment, et également permettre à chacun d'admirer ce beau peloton. Une des équipes avait mis au point une stratégie digne des grandes équipes italiennes de Bartali ou Coppi, ou encore françaises des années Bobet. Ils avaient en effet décidé d'attaquer ensemble en un lieu donné. Pour ce faire, ils déboîtèrent ensemble du peloton. À ce moment une voiture arriva, dut faire un écart et klaxonna pour éviter ceux le plus sur l'extérieur.

Certains se rabattirent promptement et il s'ensuivit une chute collective, assortie d'un violent bruit de freinage de la part du véhicule.

J'étais tranquillement en début de peloton et tout ce bruit me fit tourner la tête, m'attendant à découvrir le pire, juste le temps d'apercevoir le véhicule frôler l'un d'entre nous, à terre.

Nous avions eu chaud !

Cette mésaventure eut néanmoins un côté positif. À peine tout le monde relevé et remis de nos émotions, nous vîmes arriver Serge, à fond dans son effort. Arrivé à notre hauteur, il s'arrêta et tomba raide. Les ennuis continuaient... Il fallut appeler les pompiers ou l'hôpital le plus proche, et il fut évacué vers ce dernier.

Nous apprîmes plus tard qu'il avait été victime d'hypoglycémie. Il avait récupéré le vélo d'un collègue lâché dès le début, et entrepris une course poursuite effrénée pour nous rejoindre. Il n'avait pas d'entraînement, mais un coeur « gros comme ça ».

L'incident relaté précédemment lui avait peut-être épargné un désagrément plus important: que lui serait-il arrivé s'il avait poursuivi son effort plus longtemps ?

Une fois Serge emmené à l'hôpital, nous n'avions plus le coeur à reprendre la course. Chacun termina le tour à son rythme. Cela ne nous empêcha pas de poursuivre la journée au restaurant où nous reçûmes les premières nouvelles rassurantes sur Serge.

Nous avions décidé que les courses suivantes se dérouleraient sans risque, mais où ? Fort heureusement, certains d'entre nous étaient en relation avec l'UTAC, propriétaire du fameux circuit automobile de Montlhéry. L'UTAC avait décidé d'ouvrir la partie routière de son circuit aux cyclistes, le week-end.

Les courses suivantes eurent donc lieu en toute sécurité... Mais pas sans effort: qu'elle était dure cette côte Lapize, surtout après un match de foot le samedi !

Le bridge

Nous étions plusieurs à aimer le bridge et il était fréquent que l'on consacre l'heure du déjeuner à y jouer, au café du coin, en grignotant un sandwich ou un croque-monsieur.

Il n'était pas rare de pouvoir organiser deux tables et parfois certains étaient réduits au rôle de spectateur, faute d'être un multiple de quatre.

Ceux qui jouaient et les équipes étaient tirés au sort. Globalement le niveau était bon, nous jouions « la majeure cinquième », mais il y avait quelques « baroudeurs » qui, bien que sachant que certaines choses ne devaient pas se faire, se lançaient tout de même dans des aventures périlleuses. Si je me souviens bien, on jouait à un demi ou un centime le point. Parfois, il valait mieux que le sort nous désigne spectateur, plutôt que de tomber avec un de ces téméraires maladifs.

Il arrivait que l'on rencontre le chef du SIM de l'époque dans l'ascenseur, en rejoignant nos bureaux. Voyant l'un de nous avec les jeux dans la main, il nous jetait un regard complice. Si l'un avait la mine défaite, il lançait à la cantonade: « Qu'est-ce qu'il a, il a perdu gros aujourd'hui... ». Quand celui qui était visé avait un peu d'esprit d'à propos, il répondait quelque chose du style « Non, je pense déjà à un dossier délicat qui me pose problème! ». Lorsqu'il était chef de section technique, il pouvait ajouter « Il faudra d'ailleurs que je vienne te demander avis... ».

Indépendamment du bridge le midi, il est arrivé que l'on organisme des tournois. L'un d'entre nous était membre d'un club de bridge et, de temps en temps, il nous faisait ouvrir les portes du club. C'était une expérience particulière. Les donnes étaient biaisées et incitaient à prendre des risques: par exemple, deux longues dans les mains de deux partenaires et les points dans l'équipe adverse. Bref, ce n'étaient pas les meilleurs qui gagnaient, mais les plus raisonnables et respectueux des règles. Nos baroudeurs étaient impitoyablement châtiés !

Le flipper

À l'époque, les jeux électroniques n'existaient pas dans les bistros ou en étaient à l'âge de pierre. Le baby-foot était encombrant et le jeu vedette était le flipper.

En alternative ou à la place du bridge, certains s'adonnaient au flipper le midi. On y jouait aussi le soir, après le service, autour du (des...) dernier pot de la journée.

Le niveau était très bon. Certains possédaient les records sur toutes les machines environnantes.

Pour ma part, j'avais beaucoup progressé, jusqu'au jour où j'interrompis brusquement ma carrière pour raison médicale: j'avais remarqué des douleurs naissantes dans les paumes de mes mains, probablement à force de donner des claques brusques et sèches au flipper, en essayant d'empêcher la boule de disparaître dans les entrailles de la machine, tout en évitant de tilter.

Je pris peur que cette arthrose naissance ne compromette la carrière de guitariste dont je rêvais à l'époque... Et même, comme le dit un artiste à la mode dans une de ses chansons, « Oh... J'en rêve encore! ». Mais le rêve s'estompe, et maintenant, ce ne sera probablement pas avant la retraite...

Conclusion

Ce n'est pas sans nostalgie que je repense à cette époque, non seulement parce que j'étais jeune, mais surtout du fait de cette ambiance amicale qui régnait. Indépendamment des activités sportives ou para-sportives de routine ci-dessus indiquées, il y avait d'autres occasions de nous retrouver. Des rallyes touristiques furent organisés, terminés en soirée par des repas en commun. Les uns invitaient les autres, parfois à l'occasion de réveillons. Souvent, j'amenais ma guitare pour assurer l'animation...

Une année, un championnat de tennis fut entrepris, mais je n'ai pas le souvenir qu'il alla à son terme: chaque joueur devant rencontrer les autres, cela aurait dû prendre beaucoup de temps, et les mutations durent contribuer à l'interrompre, probablement.

Je quittai à regret cette chaude ambiance en 1979, « victime » d'une promotion interne. Lorsque je revins, en 1982, c'était toujours sympathique, mais ce n'était plus la même chose. Beaucoup « d'anciens » avaient été mutés. Puis il y eu peu de temps après la décision de dégraisser les effectifs, dans le cadre de la fusion des corps « mines » et « métrologie ». Tout cela mit fin aux manifestations d'ampleur.

Douce nostalgie, mais aussi tristesse, lorsque je repense au trop grand nombre de jeunes de l'époque qui nous ont déjà quittés: Alain, Bernard, Henri-Pierre, Jacques, Jean, Jean-Pierre, Philippe, Robert, nous ne vous oublions pas...


L'équipe de l'ASPI à ses débuts en 1975